Magnus Ek
Magnus Ek
« Oaxen adieu », c’est le nom du livre blanc que nous a confié Magnus Ek. Sur la tranche, on peut lire, gravé à l’encre : « 1994-2011″.
Cet objet dans les mains, nous voilà tout à coup partagés entre la gêne et l’émotion : la gêne de n’avoir pas connu Oaxen Krog (son restaurant perché sur une île de moins de cent habitants où l’on ne pouvait accéder que par hydravion), et l’émotion d’avoir devant nous un homme vulnérable mais libre d’éprouver ses nouveaux désirs.
Ce jour là, Magnus Ek nous accueille, gavroche en velours sur la tête, dans sa boucherie-épicerie fine fraîchement éclose à Stockholm. Décor boisé style année 30, bocaux de bonbons, mais surtout une vitrine d’une trentaine de salaisons et de viandes que Magnus et son acolyte et ancien second à Oaxen affinent eux-même. A Oaxen Skafferi, il y a de la bresaola de vache « la meilleure que j’ai jamais vu, tout est bon dedans », un salami sublimissime, du renne fumé, de la langue de veau en pastrami, et cette saucisse de porc de Noël fabriquée à Oaxen avec de la cannelle et du cacao. Justement des saveurs chaleureuses et régressives qui incarnent assez bien le rêve d’enfant de Magnus. « J’ai toujours voulu un lieu comme celui-ci », confie t-il avec le regard qui pétille. Ce contemplatif qui aime « l’idée de voir une viande s’affiner et en apprécier le résultat six mois plus tard », n’en est pas moins entrepreneur dans l’âme.
Avec sa femme Agneta, ils ont tout de suite imaginé un nouvel « Oaxen ». A Stockholm cette fois, pour connaître « le rythme de la ville, ses palpitations, son adrénaline, ses clients réguliers ». Des envies qui ont sans doute orienté les recherches du nouvel espace. C’est dans une zone portuaire, dans une ancienne usine de carénage que va se révéler l’Oaxen troisième volet, au printemps prochain. Les travaux durent depuis un an déjà. Après la maison d’esprit famille, Magnus et Agneta bifurquent vers un immense hangar au style industriel hyper léché, dont les baies vitrées scintillent déjà de cette lumière blanche propre à la Scandinavie. Avant cela, Magnus n’attend qu’une chose : se remettre à cuisiner. Parce que ça le démange presque de manière viscérale ! Et tandis qu’il réfléchit à ses futures créations, ses assiettes à l’élégance nordique, aux goûts tour à tour affirmés et sur le fil, pulsées plus encore par les vins choisis par sa femme sommelière, il fabrique des décoctions à la prune (entre autres) qu’il offre avec malice à ses hôtes venus le visiter sur son habitation-péniche au style art déco. On se dit alors qu’on vit un moment complètement improbable et on sourit en pensant très fort au mois de mai.
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